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Gestion de l'eau dans le Tourisme
© Faheem / stock.adobe.com (généré grâce à l'IA)

Économie circulaire

Environnement & décarbonation

Tourisme

Tourisme : l’eau sous tension

En Nouvelle-Aquitaine, la tension sur la ressource en eau impose aux acteurs du tourisme d’accélérer leur transformation. De Biarritz au Futuroscope, des solutions concrètes émergent déjà pour réduire les consommations et sécuriser l’activité. Sobriété hydrique, innovations technologiques, coopérations territoriales : au-delà de la contrainte, la gestion de l’eau devient un levier d’action immédiat et de compétitivité durable pour les professionnels du secteur.

L’été 2026 rappelle avec force une réalité désormais incontournable : l’eau est une ressource précieuse, vulnérable et de plus en plus exposée aux effets du changement climatique. Après le printemps le plus chaud jamais enregistré en France et un mois de juin marqué par des épisodes caniculaires précoces, une grande partie du territoire connaît déjà des situations de sécheresse préoccupantes. Début juillet, de très nombreux départements sont soumis à des restrictions d’usage de l’eau et les niveaux des nappes phréatiques continuent de baisser.

Dans ce contexte, le secteur touristique se trouve en première ligne. Activité essentielle à l’économie de nombreux territoires, il dépend directement de la qualité et de la disponibilité de la ressource en eau : hébergements, campings, équipements de loisirs, restauration, espaces verts, piscines ou encore activités nautiques. Parallèlement, les périodes de forte fréquentation touristique coïncident souvent avec les moments où la ressource est la moins disponible.

Cette situation ne doit toutefois pas être perçue uniquement comme une contrainte. Elle constitue également une opportunité d’innovation et d’adaptation. De nombreux professionnels du tourisme s’engagent déjà dans des démarches de sobriété hydrique, en repensant leurs équipements, leurs modes de gestion et la sensibilisation de leurs clientèles. Réutilisation des eaux, détection des fuites, équipements économes, végétalisation adaptée ou encore pilotage des consommations : les solutions existent et démontrent qu’il est possible de concilier attractivité touristique et préservation des ressources naturelles.

C’est tout l’enjeu de l’atelier “Économie d’eau dans les entreprises du tourisme : des obligations aux solutions concrètes” qu’ADI a animé en partenariat avec Soltena à l’occasion des Rencontres Régionales du Tourisme Durable  qui se sont tenues à Poitiers le 28 mai dernier.

Une ressource sous tension qui redéfinit les règles du jeu

Les tensions sur la ressource hydrique ne relèvent plus d’un scénario prospectif mais d’une réalité déjà observable. Les travaux sur les limites planétaires  montrent que le cycle de l’eau douce est aujourd’hui largement perturbé, sous l’effet combiné du changement climatique et des usages anthropiques.

En France, les épisodes de sécheresse récents ont illustré concrètement cette vulnérabilité, avec près de 189 communes privées d’eau potable en 2023.  À horizon 2050, les projections sont encore plus marquantes : jusqu’à 50 % de la ressource actuellement prélevée pourrait ne plus être disponible dans certains bassins.

Dans ce contexte, le tourisme apparaît comme un secteur à la fois exposé et contributif. Il mobilise environ 335 millions de m³ d’eau par an en France, avec une forte concentration sur l’hébergement, qui représente à lui seul 59 % des prélèvements. (source : Ministère de l'économie, des finances et de la souvenaineté industrielle et numérique)

L’analyse fine des usages montre une grande hétérogénéité interne au secteur. Les consommations varient fortement selon les types d’établissements : hôtels, résidences de tourisme, hôtellerie de plein air ou encore équipements spécifiques comme les golfs ou les stations de ski.

Cette diversité masque cependant des constantes :

  • une prédominance des usages sanitaires et de nettoyage,
  • des activités fortement consommatrices mais concentrées (neige de culture, golf),
  • et un effet volume significatif lié à la massification de certaines offres, notamment la restauration.

Autrement dit, la question de l’eau ne se limite pas à quelques niches intensives : elle traverse l’ensemble de la chaîne de valeur touristique.

Une montée en puissance des contraintes réglementaires

Face à ces enjeux, l’action publique s’intensifie. Le plan national pour une gestion résiliente de l’eau fixe un objectif de réduction de 10 % des prélèvements d’ici 2030.

Dans le secteur du tourisme, cette orientation se traduit par des plans de sobriété hydrique élaborés à l’échelle des filières (hébergement, loisirs, restauration).

Ces plans visent notamment à :

  • structurer la gouvernance autour de la gestion de l’eau,
  • renforcer les outils de mesure et de pilotage,
  • déployer des démarches de sensibilisation auprès des professionnels et des clientèles.

Ces évolutions marquent un changement d’échelle : la gestion de l’eau passe d’une logique volontaire à une logique de plus en plus normée et pilotée.

Des innovations qui ouvrent de nouvelles perspectives

En parallèle, des solutions émergent pour réduire l’empreinte hydrique sans dégrader l’expérience touristique.

Certaines relèvent de logiques d’équipement, comme le développement de dispositifs hydro-économes dans les espaces publics ou les établissements, permettant des gains significatifs (jusqu’à 80 % d’économie dans certains cas d’usages).

D’autres reposent sur des innovations plus systémiques, à l’image des technologies de traitement et de réutilisation de l’eau (UV, recyclage), qui permettent de repenser les cycles d’usage à l’échelle des sites touristiques.

Ces solutions traduisent un basculement progressif vers une logique de « boucle locale » de l’eau, en cohérence avec les principes d’économie circulaire.

Focus solutions

1️⃣ Plages de Biarritz : mobilier urbain hydro-économe

Pour remplacer les douches de plage, la ville a déployé un mobilier, développé par l’entreprise JuWin, combinant fontaines à débit maîtrisé et rince-pieds frugaux. Résultat : jusqu’à 80 % d’économie d’eau, tout en maintenant un service adapté aux usages estivaux. Une solution simple, duplicable et visible par le grand public.

2️⃣ Golf de Cap Estérel : réutiliser l’eau pour sécuriser l’activité

Face à la pression sur la ressource, le site a investi dans une technologie de traitement par ultraviolets développée par l’entreprise UV Germi permettant de recycler des eaux usées pour l’arrosage. Cette démarche réduit la dépendance à l’eau potable et illustre une transition vers des cycles fermés à l’échelle des équipements touristiques.

3️⃣ Le Parc du Futuroscope : intégration progressive de la gestion de l’eau dans une stratégie environnementale globale

Certifié ISO 50001 pour sa performance énergétique, le site déploie une politique structurée autour de cinq piliers : énergie, déchets, eau, biodiversité et mobilité. Concernant la ressource hydrique, l’objectif est de réduire de 30 % la consommation d’eau par visiteur. Parmi les actions mises en œuvre, le parc a notamment déployé la solution Toopi Organics, qui valorise les urines en fertilisants agricoles et permet d’économiser plus de 2 000 m³ d’eau potable par an. Le nouvel Aquascope s’inscrit dans la même logique avec un circuit de l’eau conçu pour multiplier les usages avant retour au milieu naturel, illustrant une approche circulaire et sobre de la gestion de la ressource (en savoir plus sur le site du Futuroscope).

4️⃣ Hébergement touristique : des gisements d’économie immédiats

Dans les hôtels et résidences, où se concentre l’essentiel des consommations, les leviers sont connus et déjà largement engagés : équipements hydro-économes, optimisation du nettoyage, sensibilisation des clientèles (près de 94 % des établissements). Une approche incrémentale mais structurante, activable à grande échelle.

Catalogue des solutions bas carbone

D’autres solutions sont à découvrir

Le catalogue régional des solutions bas carbone (55 solutions pour la gestion de l'eau)

Catalogue des solutions eau de Soltena  (66 solutions pour l'eau et la transition hydrique)

Ils recensent des solutions concrètes pour accompagner les entreprises dans leur transition, notamment liée à l’eau.

Vers une transformation des modèles économiques

La question de l’eau, longtemps périphérique dans l’économie touristique, s’impose désormais comme une variable structurante. À la croisée des contraintes environnementales, réglementaires et économiques, elle interroge en profondeur les modèles d’affaires du secteur. Confrontés à la raréfaction de la ressource, à la hausse du coût de l’eau et au renforcement des exigences réglementaires, les acteurs du tourisme ne peuvent plus se limiter à des actions ponctuelles d’optimisation. Au-delà des réponses techniques, c’est bien le modèle économique du tourisme qui se trouve questionné. Trois évolutions majeures semblent ainsi se dessiner :

1. De l’abondance à la sobriété contrainte

L’accès à l’eau, longtemps implicite et peu coûteux, devient un facteur de rareté à intégrer dans les arbitrages économiques. Cela peut se traduire par :

  • des coûts croissants (investissements, équipements, suivi),
  • des limitations d’usage en période de tension,
  • voire des arbitrages sur certaines activités fortement consommatrices.

2. De la performance sectorielle à la responsabilité territoriale

La gestion de l’eau ne peut plus être pensée uniquement à l’échelle de l’entreprise. Elle s’inscrit dans des équilibres territoriaux entre usages (tourisme, agriculture, industrie, besoins domestiques).

Cela implique une coordination accrue avec les collectivités et les acteurs locaux, et repositionne les opérateurs touristiques comme acteurs à part entière de la gestion de la ressource.

3. De la contrainte à l’opportunité de différenciation

Enfin, la sobriété hydrique peut devenir un levier de compétitivité. Les établissements déjà engagés valorisent ces démarches auprès des clientèles, qui sont majoritairement sensibilisées aux enjeux environnementaux.

À terme, la capacité à maîtriser son empreinte hydrique pourrait constituer un critère de choix, au même titre que l’empreinte carbone aujourd’hui.
 

Conclusion

Face à des épisodes de canicule et de sécheresse appelés à se multiplier, la question de l’eau devient ainsi un enjeu majeur de résilience pour les destinations touristiques. Plus qu’une simple problématique environnementale, elle s’inscrit désormais au cœur de la compétitivité, de l’acceptabilité sociale et de la durabilité de l’activité touristique.

L’eau s’impose comme un nouvel “invisible structurant” du tourisme. Longtemps considérée comme acquise, elle devient un déterminant stratégique qui reconfigure progressivement les modèles économiques du secteur.

Entre contraintes réglementaires, innovations technologiques et nouvelles attentes sociétales, le tourisme est engagé dans une transition hydrique qui dépasse la seule logique d’optimisation. Elle invite à repenser en profondeur les modes de production et de consommation touristiques, dans une perspective de résilience territoriale.

Un artucle co-écrit par

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LOGO ADI

Marion OUDENOT-PITON

Responsable du service Innovation Territoriale - ADI
https://www.soltena.fr/
Logo Cluster SOLTENA

Antoine MERIGOT

Chargé de projet Eau et Transition Hydrique – SOLTENA

SOLTENA est à la fois le cluster régional de l’économie circulaire et de la transition écologique en Nouvelle-Aquitaine. Pour cela, il s’appuie sur une équipe opérationnelle et un réseau d’entreprises offrant des expertises et des solutions environnementales concrètes dans les différentes filières : biodiversité, eau, économie circulaire, énergie, qualité de l’air, sites et sols, etc. Avec la Région Nouvelle-Aquitaine et l’ADEME, Soltena mène des actions pour sensibiliser et accompagner les entreprises et les territoires dans leurs démarches d’économie circulaire (éco-conception, écologie industrielle et territoriale, efficacité matière, etc.), de transition énergétique (optimisation facture, efficacité énergétique, énergies renouvelables), ainsi que dans la préservation des milieux et des ressources naturelles (transition hydrique, biodiversité, aménagement durable et santé environnementale). 

Un article de notre lettre d'info ADITIV

ADITIV #23 - Juillet 2026

pdf (551.31 Ko) - 06/07/2026 Télécharger