Cette visite s’inscrit dans le cadre du programme européen TCLF Skillbridge, qui accompagne les industries du textile, de l’habillement, du cuir et de la chaussure (Textile, Clothing, Leather and Footwear) dans l’adaptation aux grandes transitions du secteur. Le programme vise à structurer des partenariats régionaux autour des compétences, à soutenir les PME, et à renforcer la préparation des entreprises et de leurs salariés aux transformations numériques et environnementales, en cohérence avec le Pacte européen pour les compétences du TCLF.
Un secteur européen sous tension face aux nouvelles exigences
Partout en Europe, l’industrie textile fait face à un écart grandissant entre les nouvelles exigences réglementaires, numériques et environnementales et les compétences actuellement disponibles au sein des entreprises, notamment les PME. À cela s’ajoute un enjeu majeur : préserver et transmettre un savoir‑faire manuel et technique qui reste au cœur de la valeur ajoutée du textile européen, tout en le rendant attractif pour les jeunes générations.
Pour relever ces défis, le secteur doit pouvoir anticiper les compétences de demain, liées à la réglementation, à la numérisation, à l’intelligence artificielle ou encore à la circularité des matériaux. Il est également essentiel de renforcer l’attractivité des carrières, en particulier pour les jeunes et les femmes, et de consolider la coopération entre établissements d’enseignement supérieur, organismes de formation et entreprises textiles traditionnelles. Seule une action coordonnée au niveau européen, notamment dans les régions dotées d’écosystèmes textiles solides, permettra d’accompagner efficacement ces transformations.
Des métiers en tension qui exigent de reconstruire les compétences
En France comme au Portugal, les formations initiales dédiées aux métiers du textile et du cuir ont quasiment disparu. Si les deux pays partagent ce défi, leurs filières présentent des réalités très différentes : une industrie fortement mécanisée et orientée volume au Portugal, tandis qu’en Nouvelle-Aquitaine les activités sont plus artisanales, centrées sur des savoir‑faire d’excellence et la fabrication pour le secteur haut de gamme et le luxe.
Dans ce contexte, la réindustrialisation de la filière implique ici de reconstruire les compétences pour répondre aux besoins des industriels. Les entreprises régionales doivent former en interne des personnes souvent non qualifiées mais motivées par les métiers de la matière, du geste et du produit. Or ces apprentissages sont longs : par exemple, la fabrication de l’iconique mocassin 180 chez J.M. Weston nécessite 180 prises en main, ou encore plus de 3 ans de formation pour la tapisserie d’Aubusson, illustrant la technicité et la précision attendues. Cet investissement en formation représente donc un enjeu stratégique et un risque important pour les entreprises.
D’où la nécessité de renforcer l’attractivité des métiers du textile et du cuir en travaillant sur la marque employeur, en valorisant la capacité d’innovation des entreprises, la qualité de vie au travail, mais aussi — et surtout — la richesse des relations humaines au cœur de ces savoir‑faire.
Objectifs de la délégation en Nouvelle-Aquitaine
Pendant une semaine, la délégation de Modatex est venue observer de près les initiatives régionales en matière d’innovation et de formation. Au programme : comprendre comment la Nouvelle‑Aquitaine structure ses projets de R&D, anticipe les grands mouvements de la filière lainière, et réinvente ses méthodes d’attractivité et de recrutement dans un contexte de pénurie de compétences.
Traçabilité, recyclage, montée en compétences interne, méthodes pédagogiques innovantes : la délégation portugaise est venue chercher des pistes concrètes pour répondre à ces défis communs.
Un programme régional au cœur des filières textiles
Pays basque (64)
La semaine a débuté au Pays basque, où la délégation a rencontré la Chaire-Bali, programme d’enseignement et de recherche consacré à la mode circulaire, avec l’UIT Sud. Une visite ensuite à la plateforme CETIA, pionnière dans l’industrialisation du recyclage textile et chaussure, a permis d’observer des technologies innovantes uniques en France et en Europe. De quoi nourrir les réflexions sur la transition écologique du secteur.
Bordeaux (33)
À Bordeaux, place aux échanges avec les acteurs de la formation et du recrutement. Après la visite des installations de Lectra, référence mondiale des technologies de découpe et de conception pour la mode, la délégation a dialogué avec France Travail, ESMOD, le Campus Cuir–Textile–Mode–Luxe, OPCO 2i, ResoCUIR et les équipes de la Région Nouvelle-Aquitaine.
Un temps fort dédié aux stratégies d’attractivité, aux métiers émergents et aux besoins croissants des entreprises en compétences techniques et transversales.
Limoges (87)
Cap ensuite sur Limoges, où la délégation a pu découvrir l’excellence française de la fabrication française de la chaussure dans les ateliers emblématiques du savoir-faire régional chez J.M. Weston.
Un univers où la maîtrise du geste reste centrale — et où la formation interne est souvent la seule voie pour transmettre ces savoir-faire rares.
Aubusson & Felletin (23)
La visite s’est achevée en Creuse, territoire textile historique. À Aubusson et Felletin, la délégation a pu découvrir l’écosystème art tissé, rencontrer LAINAMAC, réseau de référence de la filière laine, et visiter Pinton, entreprise ancrée dans la tradition de la tapisserie d’art et du tapis d’exception. Un patrimoine vivant, tourné aujourd’hui vers l’innovation et de nouveaux modèles économiques.
Une collaboration européenne qui se renforce
Entre échanges techniques, immersion dans les ateliers et découverte des démarches régionales, cette semaine a permis de rapprocher deux territoires partageant les mêmes enjeux : attirer, former et fidéliser les talents nécessaires à la transformation des métiers du textile, de la laine, du cuir et de la chaussure.
Une dynamique qui s’inscrit pleinement dans les ambitions du programme européen TCLF Skillbridge, et qui devrait ouvrir la voie à de nouvelles coopérations entre Modatex, ADI Nouvelle-Aquitaine et les acteurs régionaux de la filière avec d’ores et déjà une première piste de collaboration entre la France, le Portugal et l’Espagne.
Intéressé.e ? Contactez-nous !