Le 30 juin dernier, l’Assemblée générale d’ADI a réuni ses adhérents et partenaires autour d’un double temps fort : un échange inspirant sur l’industrie circulaire et le rendez-vous statutaire de la vie de l’Agence. L’occasion de revenir sur l’activité 2025, marquée par plus de 640 entreprises visitées, 112 événements organisés et 638 adhérents, mais aussi de partager le cap stratégique 2026-2028 : rediriger l’économie par l’innovation, avec deux priorités transversales, l’économie circulaire et la décarbonation.
La conférence-table ronde « Cap sur l’industrie circulaire !» a donné le ton. Le Grand témoin, Grégory Richa, fondateur de VERTICAL et co-auteur de Pivoter vers une industrie circulaire, a insisté sur la nécessité d’expérimenter, de coopérer et de structurer de nouvelles chaînes de valeur. À ses côtés, Elisabeth Jolly pour Legrand France, Marc Péna pour le Groupe Péna, Éric Seinturier pour Safran Helicopter Engines et Olivier Civil pour Plaxtil / Essaimons ont partagé des retours d’expérience concrets, illustrant une industrie régionale déjà engagée dans la transformation.
ADI en 2025
Le rapport d’activité 2025 d’ADI offre une plongée concrète au cœur des transformations économiques, territoriales et sectorielles en Nouvelle-Aquitaine. Structurée autour des trois axes stratégiques de l’Agence, cette édition met en lumière, à travers de nombreux témoignages d’entreprises et de partenaires, la richesse des actions menées sur le terrain. De la décarbonation à l’innovation sociale, en passant par l’attractivité, les levées de fonds ou les achats responsables, découvrez un panorama complet et inspirant des initiatives qui façonnent les dynamiques régionales — à explorer en détail en téléchargeant le rapport.
L'industrie circulaire, un levier de transformation pour les entreprises régionales
Face aux tensions sur les ressources et à la pression sur les chaînes d’approvisionnement, l’industrie circulaire s’impose comme un levier stratégique pour les entreprises régionales.
L’industrie circulaire désigne l’intégration des principes de l’économie circulaire au cœur même des systèmes productifs. Concrètement, elle vise à optimiser l’usage des ressources tout au long du cycle industriel, en agissant sur la conception des produits, les procédés de fabrication, les flux de matières et les modèles économiques. Elle repose notamment sur :
- l’éco-conception des produits et procédés ;
- l’intégration de matières recyclées ou biosourcées ;
- la prolongation de la durée de vie (réemploi, réparation, reconditionnement) ;
- la valorisation des déchets comme ressources (boucles fermées ou ouvertes) ;
- la transformation des modèles d’affaires (économie de la fonctionnalité, services associés).
À la différence d’une approche centrée sur l’analyse du cycle de vie et la fin de vie d’un bien ou d’un service, l’industrie circulaire implique une transformation systémique des chaînes de valeur industrielles.
Aujourd’hui, moins de 20 % des matières utilisées en France proviennent du recyclage (source : ADEME). Ce chiffre à lui seul illustre le potentiel encore largement inexploité de l’industrie circulaire.
Une région à forte identité industrielle
La Nouvelle-Aquitaine dispose d’un socle particulièrement favorable au développement de l’industrie circulaire, en raison de la diversité et de l’ancrage territorial de son tissu industriel :
- près de 30 000 établissements industriels ;
- environ 300 000 emplois dans l’industrie (source : INSEE, données régionales).
Ce tissu est majoritairement composé de PME et d’ETI, souvent intégrées dans des chaînes de valeur complexes et fortement interdépendantes.
Plusieurs filières régionales structurantes sont directement concernées par les enjeux de circularité :
- l’aéronautique et le spatial, où les exigences en matière de traçabilité, de performance et de maîtrise des ressources sont particulièrement élevées ;
- le bois et les matériaux biosourcés, qui offrent un terrain propice au développement de modèles fondés sur la valorisation locale des ressources ;
- l’agroalimentaire, premier secteur industriel régional en lien avec le poids de l’agriculture, qui est au cœur des enjeux de réduction des pertes et de valorisation des coproduits
3 questions à… Grégory Richa
Fondateur du cabinet VERTICAL, Grégory Richa est un expert reconnu de la structuration de chaînes de valeur circulaires. Depuis 2020, il accompagne des industriels (PME, ETI et grands groupes) qui souhaitent passer de l’intention stratégique à l’implémentation concrète de modèles circulaires.
Co-auteur de l’ouvrage « Pivoter vers une industrie circulaire », il défend une approche lucide, fondée sur des retours d’expérience réels, loin des discours technicistes ou incantatoires. En 2026, il engage la création de Vertical Equity, un fonds de capital-risque dédié aux start-up industrielles circulaires, illustrant le lien stratégique entre transformation des modèles industriels, innovation et financement.
On connaît déjà assez bien l’économie circulaire. Quelles sont les spécificités de l’industrie circulaire ?
Grégory Richa. À la différence de l’économie circulaire tous secteurs confondus, qui inclut aussi bien la gestion des déchets, la consommation responsable ou la réparation, l’industrie circulaire renvoie à des transformations de procédés productufs, de chaînes de valeur et de modèles industriels existants, souvent disséminées au cœur de filières traditionnelles.
Il y a 5-10 ans, l’économie circulaire, c’était l’ESS (économie sociale et solidaire) et le recyclage. L’industrie circulaire, c’est placer la circularité au cœur de toutes les entreprises industrielles et faire en sorte qu’elle ne reste pas à la marge de l’économie. Ce sujet est devenu majeur car il répond à une évolution de ce qui est demandé aux équipes dirigeantes et aux managers.
C’est devenu aujourd’hui un enjeu de transformation stratégique qui permet de faire face à une exposition accrue aux risques (tensions sur les ressources, dépendances aux fournisseurs, volatilité des coûts), à une concurrence féroce des produits chinois sur le marché européen, à une pression réglementaire et réputationnelle, et à une attente plus marquée des clients et des donneurs d’ordre.
Pour passer à l’acte, quatre grands modèles d’économie circulaire peuvent s’appliquer plus spécifiquement à l’industrie :
- le manufactoring circulaire, avec l’allongement de la durée d’utilisation des produits et des composants industriels par les marchés ;
- la régénération des sols et des écosystèmes, en particulier pour les industries agro-alimentaires ;
- l’upcycling, pour créer de la valeur à patir de déchets industriels ;
- l’efficacité des ressources, avec la mise en place de nouvelles infrastructures, la recherche de sobriété et l’utilisation de bioénergies.
Quels sont les principaux leviers à activer ?
Grégory Richa. Les leviers sont aujourd’hui bien identifiés, mais leur mise en œuvre suppose une approche très opérationnelle.
Premier levier : prendre conscience que l’entreprise ne pourra plus fonctionner et/ou opérer sans adopter un modèle circulaire fort. Dans le contexte de permacrise actuel, optimiser ne suffit plus. Il faut sécuriser les fins de mois et les fins d’année, mais aussi réinventer les modèles économiques et d’approvisionnement pour continuer de se développer dans la durée.
Deuxième levier : tester les premières offres circulaires avec des clients et les équipes, en mettant en place de premières opérations, de la collecte à la recréation de valeur sur les produits et les composants, dans les ateliers. Il est possible en 12 à 18 mois d’amorcer des modèles économiques circulaires, directement avec de premiers clients. C’est ce qu’il faut viser et c’est comme cela que l’entreprise peut réellement découvrir et réaliser son potentiel, en marchant.
Troisième levier : travailler en coopération. C’est une nécessité car créer des chaînes de valeur circulaires, allant de la collecte à la revente en passant par la revalorisation des produits ou des matières, ne peut pas se faire tout seul.
Quels sont les atouts des industriels de Nouvelle-Aquitaine pour passer à l’industrie circulaire ?
Grégory Richa. La Nouvelle-Aquitaine dispose tout d’abord d’un tissu industriel réellement diversifié, avec des filières structurées qui favorisent les logiques de coopération et de boucles locales. Ensuite, je citerai votre forte culture d’innovation, portée à la fois par les entreprises, les centres de recherche et les acteurs publics. Cela facilite l’expérimentation et le passage à l’échelle de nouvelles solutions industrielles.
La Nouvelle-Aquitaine bénéficie également d’une richesse en ressources naturelles (bois, biomasse, agriculture), qui constitue un socle favorable au développement de matériaux alternatifs et de modèles circulaires.
S’y ajoute un écosystème d’accompagnement particulièrement actif, avec des structures comme ADI Nouvelle-Aquitaine, qui jouent un rôle d’interface entre entreprises, financeurs et partenaires techniques. Cela permet d’accélérer concrètement les projets et de réduire les freins à la transformation.
Enfin, la Nouvelle-Aquitaine jouit d’une forte culture entrepreneuriale, ancrée dans les territoires, avec des dirigeants, des élus et des services engagés. C’est l’ingrédient clé pour amorcer une belle transformation à l’échelle de la Région !
Entreprises régionales en action : retours d’expérience
Quatre entreprises régionales partagent leurs retours d’expérience en ma5ère d’industrie circulaire lors d’une table ronde animée par Antoine Chotard, responsable du Labo d’idées à ADI.