La crise sanitaire majeure du Covid-19 continue de frapper durement plusieurs zones de la planète. Si ses origines restent encore à déterminer, les impacts socio-économiques sont lourds. Cette crise a mis en exergue les failles, déjà préexistantes, de notre économie.

Les trois mois de confinement ont fortement ralenti la vie économique du pays et donc de la région Nouvelle-Aquitaine. Toutefois, des stratégies ont été mises en place : télétravail, horaires aménagés… Pour maintenir leur activité, certaines entreprises se sont également lancées dans la production d’équipements de protection contre la propagation du virus (masques, visières, vitres de protections, gants…) ou dans la production massive de gels et solutions hydroalcooliques.

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ADI Nouvelle-Aquitaine et la Région en action

Face à cette situation inédite, les acteurs régionaux ont rapidement réagi pour préparer les actions de relance à mener, en vue de consolider l’économie régionale et mieux rebondir.

Au plus près des entreprises, la Région Nouvelle-Aquitaine et ADI N-A ont épaulé celles proposant des solutions utiles et soutenu celles en difficultés. Près de 400 entretiens ont été réalisés pendant la période de confinement, dont 134 diagnostics Covid-19. Dans le même temps, ADI N-A et la Région ont œuvré pour le déploiement d’une plateforme d’urgence de mise en relation d’initiatives industrielles pour la lutte contre le Covid-19. Cette plateforme a généré près de 4 000 demandes de rendez-vous et sert de base à un travail de construction d’une chaîne de valeur régionale « production de masques », pilotée par l’ADIT.

Dans la foulée, une « cellule d’écoute et de soutien pour les dirigeants » a été mise en place par la Région, ADI N-A et le réseau consulaire. L’objectif étant de répondre rapidement aux implications économiques brutales de la crise sanitaire, en s’appuyant sur des associations spécialisées dans l’écoute et l’accompagnement (notamment psychologique) des chefs d’entreprise.

Les acteurs du développement économique régional se sont également réunis pour penser à « l’après ». Des groupes de travail ont activement réfléchi au devenir de quatre domaines d’activités cruciaux pour l’économie néo-aquitaine : la santé, l’énergie, l’électronique, les matériaux. Les travaux en cours portent notamment sur la relocalisation de tout ou partie des chaines de valeur, ainsi que sur la protection ou l’acquisition des technologies critiques associées.

La relocalisation, c’est également le thème de l’action expérimentale APRES (Accompagner le Processus de Relocalisation des Entreprises Stratégiques) en construction au sein d’ADI N-A, visant à aider à la relocalisation d’ateliers de production industrielle et à favoriser la diversification d’activités.

Estimations de l’INSEE

Du début du confinement jusqu’au mois de juin, l’INSEE a publié des rapports de conjoncture réguliers sur l’activité économique française.

Ces rapports ont été produits à l’échelle nationale selon les secteurs agrégés de la nomenclature européenne NACE en 17 secteurs.

Les projections réalisées par les équipes de l’INSEE donnent un bon aperçu des évolutions des activités économiques par secteurs agrégés, ainsi que leur impact sur le PIB français.

Sur la base de ces projections, que vous retrouvez dans le tableau ci-dessous, il est possible d’observer quelles zones de Nouvelle-Aquitaine seraient les plus touchées.

Ainsi, l’objectif de ce décryptage est de mobiliser un indicateur économique simple, l’indice de spécificité économique, calculé par EPCI en Nouvelle-Aquitaine, et de le mettre en relation avec les estimations sectorielles réalisées par l’INSEE.

METHODE DE CALCUL

ANALYSE POUR LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

Nous allons nous concentrer sur les estimations effectuées sur les secteurs industriels agrégés dans la NACE 17[1] pour le deuxième trimestre. L’industrie représente 14% du PIB national, la perte pour le deuxième trimestre est de -22%, ce qui représente -1.9 points de PIB. Dans les rapports établis par l’INSEE, nous remarquons pour l’industrie des tendances assez diverses :

  • Une perte d’activité de 7% pour le secteur « Fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac », qui représente 2% du PIB, ainsi que -6% pour les « Industries extractives, énergies, eau, gestion des déchets et dépollution » sans grand impact sur le PIB ;
  • Des chutes plus marquées, de -15 à -26%, pour les secteurs « Cokéfaction et raffinage » (-15%), « Fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques et fabrication de machines » (-26%), « Fabrications d’autres produits industriels[2] » (-24%). La perte sur ce dernier, qui représente 6% dans le PIB français, entrainerait la perte d’un point de PIB ;
  • Enfin, une forte perte sur le secteur « Fabrication de matériels de transport » (-53%), d’où résulterait également la perte d’un demi point de PIB.

Nous allons à présent établir des parallèles entre ces estimations de perte d’activité par secteur agrégé et notre économie régionale. Pour ce faire, nous avons calculé les indices de spécificités économiques par secteur et par EPCI[3] en région Nouvelle-Aquitaine, afin de comprendre quelles zones sont les plus susceptibles d’être touchées par ces baisses, en nous concentrant sur les secteurs fortement impactés.

La technopole ESTER à Limoges (87) dans le nord-est de la région ©JC Dupuy

[1] La nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne (NACE) a été adoptée en 1970, afin d’établir une nomenclature statistique commune des activités économiques dans la Communauté européenne garantissant la comparabilité entre nomenclatures nationales et nomenclatures communautaires mais n’a pas fait l’objet d’un règlement européen.
[2] Ce secteur très agrégé en A17 comprend « Fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure », « Travail du bois, industries du papier et imprimerie », « Industrie chimique », « Industrie pharmaceutique », « Fabrication de produits en caoutchouc et en plastique ainsi que d’autres produits minéraux non métalliques », « Métallurgie et fabrication de produits métalliques à l’exception des machines et des équipements », « Autres industries manufacturières ; réparation et installation de machines et d’équipements ».
[3] Nous avons fait le choix de calculer à cette échelle, puisque les compétences de développement économique sont réparties entre la Région et les EPCI.

Cokéfaction et raffinage

Le secteur « Cokéfaction et raffinage » (0% du PIB français) enregistre une perte estimée à -15% au deuxième trimestre. Si cela n’affecte pas le PIB français, cela pourrait avoir un impact sur certaines zones de Nouvelle-Aquitaine où cette activité est bien ancrée.

Les EPCI les plus spécifiques sont les suivants : Briance Sud Haute-Vienne (165), Ouest Limousin (13), Grands Lacs (12), Haut-Poitou (10), Pays de Lauzun (13), enfin plusieurs zones du sud de la région avec des indices allant de 3 à 9 (Nord Est Béarn, Pau-Béarn Pyrénées, Luys en Béarn, Chalosse Tursan, Lacq Orthez et Maremne Adour Côte-Sud).

Ces zones sont donc susceptibles de rencontrer des problématiques similaires.

Figure 1 : Indice de spécificité sectorielle calculé pour le secteur « Cokéfaction et raffinage » par EPCI en région Nouvelle-Aquitaine, calcul : auteur

Fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques, fabrication de machines

Ce deuxième secteur est l’une des spécificités de la région Nouvelle-Aquitaine. En effet, à un niveau moins agrégé, l’indice de spécificité pour le secteur « Fabrication de piles et d’accumulateurs électriques » est de 15, ce qui veut dire que notre région emploie en moyenne 15 fois plus dans ce secteur que la moyenne régionale. L’estimation de l’INSEE indique une perte d’activité de -26% sans grande incidence sur le PIB (-0.2).

Ici, deux zones centrales ressortent comme étant fortement spécifiques : Isle Double Landais (8) et le Pays de Saint Aulaye (21). Avec des indices moins importants mais tout de même significatifs nous observons au Nord, Creuse Confluence (6), Val de Charente et Elan Limousin Avenir Nature (4.5), Grand Chatellerault et Haut-Poitou (respectivement 4 et 3.8), enfin en Gironde la CC de Jalle Eau Bourde (5).

Figure 2 : Indice de spécificité sectorielle calculé pour le secteur  » Fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques, fabrication de machines » par EPCI en région Nouvelle-Aquitaine, calcul : auteur

Fabrication de matériels de transport

Le secteur « Fabrication de matériels de transport » serait le plus impacté, selon les analystes de l’INSEE avec une chute de 53% pour le deuxième trimestre. Une baisse que l’on retrouve également au niveau des Services avec le secteur « Transport et entreposage » (-46%).

La zone la plus spécifique est le Pays de Nay au sud avec un indice de 19. 24% des emplois de cette zone dépendent de ce secteur. Toujours au sud, nous retrouvons le Haut-Béarn (6) ainsi que Seignanx (14.6). En Gironde, la CC Médullienne possède un indice de 7. Enfin, plus au nord, nous observons des zones également spécifiques pour ce secteur, telles que Rochefort Océan (4.9) et le Pays de Nexon Mont de Chalus (4.3).

L’activité « Fabrication de matériel de transport » n’est pas spécifique à notre région, toutefois, il serait intéressant d’établir pour ces zones des constats plus précis pour les EPCI concernés ainsi que les entreprises potentiellement impactées.

Figure 3 : Indice de spécificité sectorielle calculé pour le secteur  » Fabrication de matériels de transport » par EPCI en région Nouvelle-Aquitaine, calcul : auteur

Fabrication d’autres produits industriels

La perte estimée pour ce secteur composite, qui représente 6% du PIB français, est de -24%, ce qui aurait un impact de près d’1 point de perte de PIB. Ce secteur agrégé regroupe 7 domaines de la nomenclature A38, les indices sont donc bien moins marqués avec ce niveau d’agrégation. Aussi, nous présentons en annexe les cartes correspondant au niveau d’agrégation inférieur.

Les EPCI dotés du plus fort indice sont : Côte Landes Nature (5.4), Mimizan (4.9), Porte Océane du Limousin (4.6), Pays Tarusate (4.3) ou encore le Grand Châtellerault (3.7).

La lecture de l’indice pour ce secteur est plus difficile étant donné la diversité de sous-secteurs qui composent cet ensemble « Fabrication d’autres produits industriels », les cartes mises en annexe permettent d’avoir une vision plus fine. Toutefois, les estimations de l’INSEE nous montrent bien à quel point la perte d’activité prévue aura des répercussions sur le PIB, il est donc intéressant d’observer les EPCI évoqués ci-dessus pour anticiper d’éventuelles difficultés sur ces territoires.

Figure 4 : Indice de spécificité sectorielle calculé pour le secteur  » Fabrication d’autres produits industriels » par EPCI en région Nouvelle-Aquitaine, calcul : auteur

Industries extractives, énergies, eau, gestion des déchets et dépollution

Enfin, le dernier secteur industriel étudié est celui des « Industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution ». Les estimations de l’INSEE sont moins alarmantes comparativement aux pertes estimées sur les autres secteurs. En effet, la perte estimée pour ce secteur par l’INSEE, qui représente 2% dans le PIB du pays, est de -6%.

Si l’on considère ce secteur, seules deux zones sont très spécifiques en Nouvelle-Aquitaine : la CC de l’Estuaire et la CC de Vienne et Gartempe avec des indices respectifs de 18.4 et 6.2. Au-delà de l’indice de spécificité, l’indice de spécialisation nous apporte ici une information importante. En effet, dans la CC de l’Estuaire, le secteur mentionné cumule 27% des emplois de la zone contre seulement 9% dans la CC de Vienne et Gartempe.

Figure 5 : Indice de spécificité sectorielle calculé pour le secteur  » Industries extractives, énergies, eau, gestion des déchets et dépollution » par EPCI en région Nouvelle-Aquitaine, calcul : auteur

FAIRE DU SUR-MESURE POUR LES TERRITOIRES DE NOUVELLE-AQUITAINE

Au vu des éléments présentés, nous constatons que les territoires qui composent la Nouvelle-Aquitaine sont bien hétérogènes. Nombreux sont dotés de spécificités sectorielles marquées, qui se sont souvent construites au fil du temps. Elles témoignent de l’ancrage et de l’évolution d’une ou de plusieurs activités économiques sur un territoire. Il est important de les mettre en relation avec l’indice de Spécialisation, afin de savoir quelle part de l’emploi local dépend d’un secteur donné.

Aussi, les problématiques rencontrées ne sont pas les mêmes selon les territoires, et les solutions à apporter doivent tenir compte des caractéristiques évoquées. Au-delà de souligner l’importance que représente la diversité des territoires régionaux, il convient d’insister sur le fait que les solutions à trouver doivent être imaginées en prenant en compte les spécificités de chacun.

Pour établir un parallèle avec le milieu médical, des patients atteints de la même maladie mais ayant des caractéristiques différentes (poids, âge, sexe, antécédents…) ne recevront pas le même traitement ; il doit en être de même pour les territoires.

Il serait intéressant d’avoir le réflexe de calculer cet indice, selon un découpage géographique et sectoriel qui dépend des questions auxquelles nous nous attachons à apporter des solutions aux côtés de nos partenaires, en particulier la Région et les intercommunalités. Cela permettrait d’avoir une vision d’ensemble et de gagner du temps dans l’identification d’acteurs et d’entreprises concernés suivant les thématiques travaillées.

Il est également possible de décliner la méthode selon d’autres problématiques que l’emploi sur les territoires : calculer des indices équivalents sur les aides ou accompagnements, les investissements directs en région ou encore sur la répartition des activités inventives…

Contact :

Antoine ACHARD
Chef de Projet Intelligence Economique
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